mardi, 27 mars 2007
Le mythe de l'empathie : Saloperie.
Il y a que j’ai pas mal réfléchie suite au commentaire de Niko "Lui, sa mère et moi. », même si je m’en suis éloignée. Merci encore pour ton commentaire car il aura été comme un déclic…même si paradoxalement, j’ai pas répondu à ton commentaire, mais je vais le faire.
Il y a que je me suis demandée pourquoi j’avais autant besoin de vous parler de ça… et je me suis dis « peut être que j’attendais dans leur commentaires, qu’ils m’aident à comprendre les malades, c’est vrai j’ai deux lecteurs infirmiers, (je savais pas que tu étais malade NiKo)… ho et puis non la réalité c’est qu’ils m’ont soutenu, et que même si je ne me l’avoue pas j’en ai besoin." Surtout que mes amis sont en RTT.
Il y a que j’ai envie de faire dans le politiquement incorrecte : Je pense que les malades qui vivent quelques choses de très dure (handicape, mort assurée) ne peuvent être compris que par ceux qui vivent des choses semblables : Les malades. Les gens politiquement correctes font preuves d’une pseudo compassion à travers certaines phrases bateau comme « Je comprends » (c’est du fast feeling, du sentiment construit sur le modèle du fast food) . Le mien, vis-à-vis de ma belle mère c’est « J’imagine »( des du light fast feeling). Alors que non, nous n’imaginons pas et ne comprenons pas nous vivants, ce que c’est la survie, être entre la vie et la mort. Dans le fond, nous ne voulons pas le comprendre et eux s’en fiche que nous le comprenions…Je m’explique…
…pourquoi croyons nous vouloir comprendre les malades ? (je dis malades mais je pourrais dire « cas extrême » (violés, déportés, torturés, SDF…)

the day was red by Michal Mierzejewski
1. « Connaître n’est rien d’autre que pouvoir ; prétendre connaître X c’est prétendre pouvoir agir sur ou avec X, pouvoir établir une relation entre X et quelque chose d’autre. »(R.Rorty) En fait on ne veux pas comprendre, se mettre à la place d’un malade mais on veut juste qu’ils souffrent moins, on veux agir sur ou avec lui. C’est peut être là la vrai compassion, accepter de ne pas comprendre ce que vie ou survie l’autre, mais de trouver un moyen pour agir sur lui…l’aider. De même, que le malade il s’en fou que tu sache ce que c’est la souffrance de ne plus pouvoir se servir de ses mains, ils veux que tu l’épile, que tu lui serve un café, que tu l’aime et lui montre. C’est ça qu’il veut vraiment. Pour l’avoir vu je pense qu’une infirmière aide mieux un malade grave que n’importe quel fils, mari… Quand une personne est dans ses retranchements, peut importe que « l’infirmière » connaisse la vie de son patient… Peut être que c’est ça être infirmière, c’est l’art d’apporter énormément sans rien savoir de l’autre. L’infirmière sait par contre ce que les malades ont de commun ( la problématique de la pudeur, de la dignité)…et c’est ça qui compte. D’ailleurs j’en profite pour témoigner toute mon admiration (sentiment rare) pour ce métier…Clin d’œil à Arno et Fa en passant.
2. Ceux qui pensent comprendre les cas extrêmes, qui se croient extra lucides de l’âme, ultra sensibles, j’ai envie de leur dire : Ces gens là j’ai envie de leur dire « Personne ne t’as demandé de t’essayé la souffrance de quelqu'un comme un vêtement ? Pourquoi le fais tu ? Pour t’enorgueillir du extra sensibilité ? Pour innover ta palette émotionnelle comme on va dans un sexshop pour laisser des traces différentes sur les dras ? » Et t’as beau être une tragédienne de fou, tu ne sais pas ce que c’est de se prendre un corp étranger entre les cuisses, la sensation de froid et de faim qu’on peut avoir quand on est dans la rue : Mais tu peux quand même apporté aux autres plein de choses…
3. Si vraiment vous avez confirmation que vous comprenez une personne c'est peut être parce que vous lui ressemblez mais c'est toujours plus gratifiant de se dire " je suis ultra sensible" plutot que "merde je suis pas si unique que ça."
Il y a que je pense qu’on ne peux pas comprendre les malades mais apprendre d’eux, car leur position de retranchement, de survie, leur réactions aussi extrêmes que leur vécu nous pousse à nous posez certaines questions : Comment une mère – aussi malade physiquement puisse t elle être- peut elle s’ouvrir les veines, laisser son fils la retrouver ainsi, et lui dire « Nettoies les draps vites, avant que le sang sèche et que ça tâche ? Moi je n’ai pas souffert au point de m’ouvrir les veines, je n’ai pas nettoyé le sang de ma mère, mais j’ai nettoyée « les larmes » du fils…c’est mon rôle, mon « pouvoir » mais non je ne comprends pas comment elle peut faire ça, et comment lui il peut l’encaisser.
Il y a que je pense être la seule à pouvoir comprendre le sentiment que j’ai en clôturant cette note : Le soulagement à l’idée que peut être que la prochaine fois que j’évoquerai ma belle mère sur ce blog, la note aura ce titre « ma belle mère est morte. »
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Commentaires
Tu savais pas que j'étais malade? remarque moi non plus en fait, je l'ai découvert en janvier, je pensais avoir une grippe je ressort de l'hosto avec une leucémie!
C'est super affectueux comme petit animal de compagnie! ça te lache pas et ça t'accompagne partout.
Une image qui peut ptete choquer un peu ou sembler inapropos. Mais en fait je crois que c'est vraiment ça. J'ai passé deux mois à avoir une drôle de sensation en permanance, je voyais la vie continuer son cours, et moi j'étais au ralenti au milieu de ça... déconnecté...
Maintenant je l'ai accepté et ça va beaucoup mieux.
Je sais que mes proches ne peuvent pas ressentir et comprendre ce que je vis, mais je sais que je ne peux pas comprendre et ressentir ce qu'ils ressentent eux aussi. Mes parents qui doivent se dire "pourquoi lui et pas moi?", ma copine qui doit encaisser le tout, continuer sa formation et me soutenir...
Mes amis, ma famille qui ne sait pas comment s'adresser à moi... Imagine l'angoisse des gens qui arrivent devant le "malade" (qu'ils appécient .. enfin j'espère) et qui ne savent pas comment dire bonjour...
-"Salut, ça va?" héhéhéhéhé... ben voui c'est pourtant juste la phrase qu'on attends. Ou que j'attend. Je ne vais pas forcemment bien, mais en même temps ça fait qq années que je traine ma leucémie à l'insu de mon plein gré, du coup en fait je vais pas plus mal qu'il y a un an. Sauf que je sais.
Le fait de partager mes doutes, mes traitements, mes angoisses, d'en parler sur mon blog ou sur d'autres, sur des forums, d'en discuter avec des amis, ça m'a aidé à rétablir des relations normales avec mon entourage. Le pire pour moi ce serait des non-dits, des regards plein de compassion et de gêne mélées, des silences lourds ...très lourds...
heureusement qu'on a l'humour et le rire!
après je pense qu'une chse est vraie: les malades ne sont pas égaux devant leur maladie. Pour le moment je vais très bien, je ne suis pas hospitalisé, je n'ai pas encore frisé la mort, je suis une chimio ciblée qui ne me refile pour le moment aucun effet secondaire.
Et puis j'ai pas envie de faire la gueule! d'autres sous pretexte d'être malades perdent le moral et se laissent devenir assistés... là c'est le mental, le moral, l'encadrement médical et l'entourage qui vont avoir leur importance.
dsl pour le roman ;o)
Ecrit par : niKo | mardi, 27 mars 2007
Merci de ne pas t'excuser pour tes commentaires dans l'avenir, ça me fait plaisir ^^
C'est vrai ce que tu dis sur l'égalité des malades...je m'en suis rend du compte en ecrivant cette note qu'on peut pas mettre dans le même panier "qqun qui frise la mort" et qqun qui à une mononucléose... c'est deux mondes différents.
Après comme tu le dis il y a aussi la question de la volonté des gens: certains se laissent allé.
Et aussi des attentes d'un malade vis à vis de l'entourage... Et c'est ça qui est assez manifeste dans ces notes... Ton témoignage contraste avec ma belle mère.
D'un cotès tu as quelqun (toi) qui veux être compris, soutenu, mais pas un boulet...qui veux profiter de la vie.
D'un autre tu as une femme qui se sert de sa maladie pour se rendre christique (martyre) et donc admirable aux yeux de ses proches qu'elle veut faire culpabilisé; la maladie rends tout légitime à ses yeux, car tout ce qu'elle peut faire n'est soit disant pas pire que ce qu'elle subit elle.
Le risque est d'attribué cette différence de comportement au degrès de maladie (elle a un truc plus hardcore que toi: elle ne peux se nourrir et laver seule, sortir de chez elle)...ou encore d'attribué à ça à sa religion...
Mais j'ose espérer que tous les catho mourrant ne se la joue pas comme ça.... C'est très déterministe de penser qu'elle est relou à cause de la gravité de sa maladie, ce serait comme nier le libre arbitre, dire que la maladie dicte tout dans notre corp, notre esprit...
Ecrit par : IlyAnisée | mardi, 27 mars 2007
il est sûrement plus difficile de manifester de l’empathie à quelqu’un que l'on déteste.
Ecrit par : angelina | jeudi, 29 mars 2007
je pense qu'on est different donc on ne pourra jamais se mettre à la place d'une autre personne. mais ecouter ça nous sert à essayer de nous comprendre et c'est deja bien.
Ecrit par : nie | vendredi, 30 mars 2007
Il est 10h34... Je viens de lire une premiere fois ta note, pas longtemps que je suis levé... Merci pour le clin d'oeil... J'ai juste une précision à te faire avant de la relire et de faire un vrai commentaire bien long sur la relation patient / Soignant... Sans vouloir chipoter (quoi que...) tu devrais utiliser le terme "personnel soignant" au lieu d'infirmiere... C'est l'ensemble d'une équipe... De l'ASH au medecin, chacun a son rôle.
C'est l'ensemble d'une équipe, mais dans le personnel soignant les personnes qui ont le plus grand contact avec le patient c'est l'aide soignant ou l'ASH par le biais des toilettes, de l'aide au repas. La charge de travail des infirmieres ne leur donne pas toujours la possibilité d'avoir ce rapport humain et les aides soignant ou les ASH sont là aussi pour transmettre des informations sur la personne qu'une infirmiere n'aura pas toujours la possibilité de savoir.
Les aides soignants se battent pour que leur nom et leurs fonctions soient reconnues autant que celui des infirmiers.
Bon, ok, je chipotte... Je vais reflechir à ce que tu as écrit et je reviens plus tard faire un commentaire pas trop débile cette fois...
:-)
Ecrit par : Arno Du Saint Kant | dimanche, 01 avril 2007
Angelina > On peut faire abstraction de la haine pour essayer de comprendre l'autre...et peut être que cette (in)comprehension nourrit cette haine.
Nie > Encore faut il avoir cette faculté de se comprendre en comprenant les autres...
Arno > Tu as tout à fait raison de faire cette distinction... Pour moi la différence entre infermière et A.S c'est que si on en prend une à domicile, on a une exonération d'import (infermière) et pas l'autre. (A.S) ...
Ecrit par : IlyAnisée | dimanche, 01 avril 2007
tu poses une autre problematique ma badiane... generalement les gens "normaux" (je veux dire par là, des gens qui ont d'autre rapports avec la maladie que nous les soignants..) donc les gens normaux ont un probleme avec la maladie, non seulement elle nous envoie en pleine poire que la souffrance et la douleur font partie de vie quotidienne d'un malade, puis les gens "normaux" se disent aussi que ca ne pourra jamais leur arriver.. pff pff tu penses bien, le cancer, le sida la maladie l'exclusion tout ca c'est pour les autres, pas pour eux.
Puis de regarder en face toute cette souffrance c'est voir qu'elle existe vraiment...
Je ne sais vraiment pas si je merite toute cette admiration, je ne fais qu'analyser cette foutue douleur, cette foutue souffrance, et avoir de pouvoir la soulager je cherche à comprendre pourquoi elle est là.. et si mon patient est prêt à la partager, à la decrire, à m'en parler pour mieux la soulager, car malgré tout le mal que peut provoquer une maladie, une souffrance, bien des patients ne veulent pas la partager, pensant qu'on ne peut les comprendre... EUX sont malades pas nous, alors pourquoi voudrait on la soulager alors que nous en souffrons meme pas...
Je ne sais pas comment expliquer ça... mais je pourrais avoir le pire des salauds dans mon service (je l'ai déjà eu) que je ferais tout ce que je peux faire pour le "soigner" l'accompagner, l'aider... tout le monde a droit aux soins... oui j'ai bien dit TOUT le monde...
Ecrit par : Fa | dimanche, 08 avril 2007
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